Femmes et hommes, premier épisode

Le 3 juin en Iran, c’est la Fête des Mères, mais aussi la Journée de la Femme. Cette étonnante coïncidence est relayée par les émissions télévisées diffusées pour l’occasion: par son rôle de mère, la femme est le futur du pays et mérite le respect. Les femmes peuvent aujourd’hui étudier à l’université et travailler comme secrétaires, infirmières, téléphonistes ou manutentionnaires dans les usines, mais pas par ambition personnelle. La femme travaille pour les générations futures; elle doit rester humble en toute circonstance et porter le hijab, symbole de son humilité. Toutes les femmes interviewées, pour la plupart des députées au parlement ou des universitaires arborant foulard strict et tchador, insistent sur ce dernier point: l’importance du voile et le laisser-aller observable dans certaines couches sociales.

Depuis l’instauration de la République Islamique, les manteaux n’ont de cesse de raccourcir et les mèches de cheveux visibles d’épaissir. «Quand j’étais à l’université, il y a une dizaine d’années, il était impensable de s’habiller comme elles le font aujourd’hui», observe Sara, impressionnée par les tenues arborées par sa petite sœur. «Le tchador était obligatoire». Les religieux s’efforcent d’inverser la tendance et de convaincre les jeunes femmes que «le voile, c’est joli», comme l’annonce une campagne d’affichage.

Pour les femmes citadines et libérées, le voile est effectivement joli, mais posé très en arrière sur la tête et complété par un maquillage sophistiqué. Les Iraniennes se proclament premières consommatrices de cosmétiques au monde. «Pendant la décennie suivant la Révolution, le maquillage était formellement interdit. La police des mœurs arrêtait les femmes maquillées. Elles passaient la nuit en prison, s’engageaient par écrit à ne pas recommencer, et se remaquillaient dès leur sortie du poste de police. Petit à petit, les arrestations ont cessé. Ils se sont rendus compte qu’ils ne peuvent pas tout contrôler, ni arrêter tout le monde», explique Amin, un quinquagénaire. «Il y a des domaines dans lesquels le régime a peu d’emprise».

La consommation de maquillage n’est que la pointe de l’iceberg. Bien qu’en apparence la vie familiale ressemble à celle d’autrefois, en pratique la société a changé. La jeune génération a des attentes plus matérialistes que la précédente, et certains jeunes hommes se sentent floués par les femmes, qui profitent du système social: «Elles veulent rester à la maison à ne rien faire et avoir un mari riche qui leur fournisse cosmétiques, robes, appareils ménagers, ordinateurs portables et autres accessoires de luxe. C’est à nous de travailler, et elles n’ont qu’à appuyer sur un bouton pour faire la vaisselle ou la lessive».

La plupart des femmes mariées passent la journée seules à la maison, à s’ennuyer devant la télévision. Le satellite et ses feuilletons apportent des rêves nouveaux, très éloignés de l’idéal d’humilité prôné par les chaines officielles. /AP

 

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Info

Venu(e) de: Suisse
22/07/2010
 
 

Commentaires

Mais aussi Sakineh Ashtiani

C'est plutôt rassurant d'apprendre que les citadines iraniennes peuvent désormais se maquiller. Mais cela ne doit tout de même pas nous faire oublier qu'aujourd'hui en Iran, Sakineh Ashtiani, femme de 43 ans est poursuivie pour adultère et qu'elle croupit en prison, risquant chaque jour la condamnation à mort par lapidation.Lola

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